lundi 24 janvier 2011

A long time ago in a galaxy not so far away...


"Lorsqu' Eru chanta la première strophe d'Arda, il a du penser à plusieurs trucs. D'abord quoi y mettre. Il chanta alors les plantes, les feuilles, les poissons, les elfes, les hobbits (avec un petit couac au moment de Sam), Sauron, les orques et les humains. Ensuite, parce qu'Eru est un dieu attentif aux occupations du weekend de ses chéris, il créa la guerre. La suite est connue: les orques et Sauron perdent, les elfes prennent le bateau, Sam pleurniche et fait son coming-out, et les hommes (ainsi que les poissons) occupent Arda. Mais sans orques à taper, ils commencèrent à se tourner un peu les pouces. Ils décidèrent alors de demander aux quelques nains restants, qui sont habiles de leurs doigts boudinés, de confectionner des petites miniatures représentant des guerriers qu'ils pourraient mettre en scène et, dans un soucis d'esthétique, peindre du mieux possible. A cette époque, Gandalf était depuis longtemps à la clinique du Dr Derscheid et ils ne purent donc pas bénéficier de ses sages conseils. Ainsi, ils tâtonnèrent pendant des générations. Les nains s'éteignirent à leur tour, mais la pugnacité humaine les fit progresser, encore et encore..."
Jusqu'aujourd'hui. Où votre tabellion découvre avec délice sur le site GW qu'ils ressortent des vieilles figurines afin de satisfaire les geeko-maniaco-collectionneurs que nous sommes (il doit y avoir un autre but moins louable, mais lequel?). Parmi ces vieilles choses trône un guerrier du Chaos avec deux haches et un heaume à cornes très seyant. Eh bien, c'est précisément cette figurine-là qui a fait de moi l'homme qui vous écrit actuellement (un peu ma maman chérie aussi, mais vous auriez du voir sa tête en entrant chez Poppy pour lui demander "des figurines de monstres"...).
La larme à l'œil et le cœur chantant, je me rappelle alors les premiers frissons ressentis en découvrant les deux seules pages couleurs du livre de règles du jeu de rôle Warhammer. D'un coté les gentils, de l'autre les méchants. En figurines. Et le plus classe d'entre tous était ce champion du mal, tout rougeaud, peint à la truelle à ciment. Ô extase des sens! C'est ce jour-là, vers la fin des années 80, que je m'entends encore  lors d'une nuit sans lune, hurler aux cieux indifférents: "Je veux devenir peintre de figurines, dussé-je y perdre la raison!". D'une voix inégale, puisqu'en pleine crise de mue (on reste humain). Le ciel s'assombrit encore plus, le tonnerre gronda, un écureuil hurla à la mort, le rideau du temple chût et je me décidai de demander à ma môman de m'accompagner dans une de ces grottes mystiques, ces temples d'Ali Baba, ces palais étincelants qu'étaient alors Fig's ou NéoLudic...
Nous voilà donc pénétrant dans cette antre sentant le tabac à pipe et la térébenthine, pour demander au vendeur (le seul, vrai Tony, que montana à coté de lui est une petite fiotte) une figurine "pas trop dure pour commencer, siouplé". Et d'en ressortir avec: un mercenaire demi-ogre Ral Partha, sculpté par Nick Lund -magnifique!- et un voleur Ral Partha, ainsi que quelques peintures (à l'huile) et de précieux conseils marmonnés plus que dispensés. S'ensuivirent des tâtonnements en peinture, de l'essai-erreur (beaucoup d'erreurs!) et ce pétillement dans les yeux, qui ne me quitte plus depuis. Le pétillement était peut-être du aux vapeurs de térébenthine, mais on peut en douter... J'ai depuis longtemps fait l'acquisition de ce guerrier du Chaos qui doit rôder dans une caisse, bataillant pour l'éternité avec le semi-ogre la nuit quand nous dormons d'un sommeil innocent.

Le voleur, avec sa peinture à la truelle à ciment d'origine, est encore sur mon bureau, près d'une photo d'Arthur. Ma première et ma plus belle figurine, côte à côte...
Alors, fidèles lecteurs (25 depuis l'ouverture du blog, excusez du peu!), si vous aussi avez des madeleines de Proust dans vos figurines, faites-nous partager vos commentaires et épanchez vous sur ce funeste passé qui vous fit perdre la raison (et l'intérêt des femmes pendant votre adolescence), mais qui aujourd'hui vous fait dire que si on ne l'avait pas fait, eh ben, on le regretterait!!

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