lundi 28 février 2011

Lavis ne vaut rien, rien ne vaut lavis (A. Souchon)

Bon, suite au précédent post, il convient ici de moduler un peu mes propos.
Il existe une technique en peinture qui s'appelle un lavis. Un lavis dépose une couche de peinture très diluée mais fort pigmentée sur une surface afin d'en faire ressortir reliefs et ombres. Une fois sèche, les contrastes entre niveaux seront stupéfiants! C'est une technique vieille comme le plomb. Et qui a depuis longtemps fait ses preuves et réside aux cotés du brossage à sec et de l'aplat dans le panthéon de nos techniques favorites. Auparavant, pour faire un lavis, on pouvait utiliser toute sorte de peinture diluée à l'eau ou à la térébenthine, soigneusement appliquée avec une finesse d'horloger sur ces micro-zones hyper travaillées que seul l'oeil du peintre pouvait distinguer. On était pas loin du jus...
Ensuite, on a vu apparaître la lasure à parquet: un vernis teinté hautement toxique qui permettait de créer des ombres brunâtres sur l'ensemble de la figurine, offrant des résultats proprement hallucinants, sur photos toutefois. L'inconvénient était qu'il fallait pour ça: posséder un garage, l'aménager comme une scène de crime dans Dexter, utiliser les gants du Dr Mabuse, risquer de ruiner des tas de figurines en cas de mauvaise utilisation ou de mauvaise lasure (ça a été mon cas!), et pouvoir regarder "Shoah" en version intégrale pour passer le temps de séchage. Sachant que je n'ai pas de garage et ayant déjà vu Shoah en entier, cette technique a fini reléguée aux oubliettes, partageant l'oubli avec le jus de mauve et la peinture de figurines à la gouache.
Mais depuis...
Depuis est apparue sur le marché toute une gamme de nouveaux lavis. D'une qualité extraordinaire, d'une viscosité exemplaire et offrant des tons proprement sublimes. On pourrait en parler comme un œnologue parlerait d'un Pommard 57 ou Jean-Pierre Coffe de l'andouillette. Elle sont magiques. Pour les avoir utilisées dès leur sortie, je peux vous affirmer que rien ne pourra aujourd'hui supplanter la qualité de ces petites merveilles (sauf extraordinaire avancée technologique). On peut s'en servir allégrement pour faire tout et n'importe quoi. Mais ce qui nous ouvre des portes grandes comme celles du Valhalla est la technique qu'avec des amis nous avons nommée "Le Blaf!".
Le blaf consiste à peindre une figurine dans ses couleurs de base, un ton plus clair qu'on ferait d'habitude. La précision ici n'est pas de mise: on cherche à faire vite et joli. Toutes les zones sont peintes. Ensuite, on y va pour un léééééger brossage à sec de blanc pur sur les parties non métalliques, histoire de grossièrement faire ressortir les reliefs. A ce moment, la figurine ressemble à tout sauf à un chef-d'oeuvre. C'est même plutôt moche! Et le travail effectué jusqu'ici ressemble un peu à un longue file devant une attraction de Walibi: c'est chiant d'attendre mais on sait que ce qui va venir vaudra le Space mountain! Et c'est alors que nous allons ardemment saisir un bon gros pinceau, tel Conan empoîgnant sa bâtarde, et le tremper dans le pot de Devlan Mud°. Une bonne grosse goutte viendra engluer tous les poils (ouh, c'est excitant!) et on va enduire de cette substance magique qu'est le lavis l'entièreté de la figurine. Comme un barbare! Conan le Barbare. Un bon vieux Blaf dans ses dents à Conan! Le liquide, visqueux mais fluide, ira s'insérer dans les recoins les plus intimes de nos amies, habilement guidé par nos mains expertes. Et après un temps de séchage -et de repos bien mérité car chacun sait que quand c'est bien fait c'est gai de s'endormir après!- équivalent à un film avant-gardiste de Warhol, toute la magie de ce blaf viendra s'offrir à nous.
Des ombres subtiles viendront souligner des reliefs naturellement rehaussés de bruns et de sépias; les matières se retrouveront enfin  matérialisées. Le métal, alors pimpant comme l'armure d'Arthur dans Excalibur prendra une teinte d'acier terni (et Conan en connaît un rayon sur l'acier!); les rouges pompiers deviendront velours et les bruns clairs se feront bures fransiscaines. Cette figurine, jusqu'ici simple sujet de métal ou de plastique peint de couleurs criardes et sans lustre, prendra littéralement vie. Une vie dure et âpre, faite de combats et de déceptions. Une vie de guerre et de compétition. Une vie de tout petit héros vue par les yeux d'un grand malade aux pinceaux plus grands que le ventre.
C'est con, mais ces effets visuels feront en sorte que tous ces efforts d'imagination se verront enfin réalisés. Jamais auparavant  la peinture n'aura été aussi simple et elle n'aura jamais été aussi expressive. Le matériel est aujourd'hui non plus au service de la technique mais bien de la créativité, au sens large.

Et comme disait le sage Mr G. dans un de ses discours éloquents: "si votre figurine est mal peinte, ce sera de votre faute..."
A ne pas méditer mais à appliquer, sans retenue ni jus de mauve. Et dieu sait queje n'aime pas le jus de mauve...

dimanche 13 février 2011

Il voulait du jus, il en a eu

Je n'aime pas le jus de mauve.
Un jus, sur une figurine, c'est une technique qui consiste à apposer une couche de flotte teintée, type grenadine, pour affiner les éclaircissements et/ou produire une teinte sur une zone. C'est une technique difficile, longue et laborieuse mais qui produit des effets très léchés. En gros, c'est grâce aux jus qu'une figurine tendra vers une sorte de perfection de peinture, le sommet de la pratique, le top du top de la technique. Que je ne maîtrise pas, bien entendu. Il y a quelques années de cela dans les concours de peinture internationaux, on pouvait assister à une recrudescence de figurines peintes exclusivement à l'aide cette technique. On y voyait des orques, des space marines, des tanks, des cavaliers, des décors magnifiques. Tous peints uniquement à l'aide de cette technique. Et on voyait aussi toutes ces fabuleuses réalisations se voir récompensées, à raison, de multiples prix amenant leurs auteurs au pinacle de la gloire. Soit...
Peu après, on a vu tout le monde (et quand je dis tout le monde, c'est vraiment tout le monde-votre scribe compris) vouloir s'essayer au jus. Jus par ci, jus par là. Salut je peins mon noir avec un jus, j'ai fait un jus de métal, et un jus de mauve sur mes orques et patati et patata... Ok, pourquoi pas. Mais pourquoi cette technique redevenait à la mode? Parce que les peintres voulaient gravir des marches de podium. Utiliser des jus garantit l'accession au panthéon des grands peintres, aux cotés de Matt Parks, Jarhead, et des milliers d'autres. Mais apporte un autre élément au débat, et c'est le point que je voulais aborder ce soir.
L' arrogance des peintres.
Je n'aime pas l'arrogance en peinture.
Je n'aime pas la compétition en peinture.
Elle pousse à comparer, à se confronter à d'autres ermites. Elle mène à se dire qu'on est moins bon qu'un autre. Que ce que je fais est mieux que ce que fait un autre.
Elle va totalement à l'encontre de mes valeurs de peintre qui sont qu'on doit prendre un plaisir personnel à peindre une figurine, pas vouloir en remontrer à ceux qui la regarderont. Si je peins une figurine avec mes tripes (et on parle pas du démon de la peste de l'autre soir), c'est pour moi et moi seul. La réussite d'une figurine viendra de la satisfaction personnelle de son accomplissement, pas du regard que d'autres pourraient avoir. La peinture de figurines n'est pas, et ne doit pas devenir, une pratique visant à séduire un public. La démonstration de talents (et on débattra sur la notion de talent dans un autre post) propulse la peinture hors de son cadre. Bien sur, des félicitations seront toujours appréciées -principalement pour les débutants qui verront là une manière de persévérer et de s'améliorer- mais elles ne vaudront jamais la satisfaction que l'on peut ressentir après avoir terminé un bonhomme et se dire "C'est moi, et moi seul, qui l'ai fait". Le seul public qu'on doit séduire, c'est soi-même. La compétition en peinture rend les peintres arrogants et les écarte de la raison première qui pousse à prendre un pinceau en main: se faire du bien, à soi-même et tout seul.

En fait, la peinture de figurines, c'est un peu comme la masturbation. On se fait l'amour à soi-même. Ce serait mieux de faire ça à plusieurs, c'est vrai. Mais au moins on est sur de se faire du bien, comme il faut.

jeudi 10 février 2011

Dis-moi ce que tu peins et je te dirai qui tu es

Lorsqu’on décide de peindre une ou des figurines, il convient de se demander pourquoi. Pourquoi entamons-nous cette séance qui nécessite un, une installation qu’un concert de Johnny c’est le la logistique de débutant et deux, un temps bête complètement improductif alors qu’on pourrait faire tant de choses plus intéressantes (vivre socialement, par exemple) ? Pourquoi avons-nous, et c’est un nous majestatif  puisque c’est mon blog, besoin de peindre ?  Pourquoi prendre le parti de se cloîtrer en ermite du pinceau jusqu’aux petites heures de la nuit, l’œil rougi par l’effort et les phalanges calleuses de brossage à sec ? Pourquoi aujourd’hui plus que demain ou hier ? Pourquoi cette figurine là et pas une autre ?

Sans surprises, pour plusieurs raisons.

La première, qui peut sembler la plus évidente pour les geeks que nous sommes, sera pour coller à un agenda évidemment pas fixé à l’avance, de construction d’armées de bonhommes. « Merde, je dois peindre ces 32 elfes pour avant-hier avant d’attaquer ces machines de guerre sinon mon armée de rêve sera incomplète ». Classique. Productif, mais classique. C’est typiquement ce que je pourrais appeler de la peinture « industrielle », qui consiste à privilégier l’efficacité et la quantité sans pour autant négliger la qualité. Ainsi, mon ami Pierrot, qui ne fume pas et n’a pas de briquet mais la voisine elle en a un car elle le bat (hahaha ), nous a réalisé une magnifique armée Blood Angels-qui-tue-sa-race en seulement 5 jours. Efficacité. Qualité. Respect.  D’autres prendront bien entendu plus de temps : on ne parle pas ici de notion temporelle, mais d’intention. L’intention est de faire joli. Et, si possible, dans les temps qu’on s’est soi-même imparti (ce qui est très relatif…). On se fixe des échéances, des challenges, des objectifs SMART, etc…

La deuxième, plus floue, introduit la notion d’émotion. On se pose donc toutes ces questions en préambule et on se dit simplement « parce que ça me fait du bien ». Pas aux yeux ni au dos, qui sont les premières victimes de notre passion (après le portefeuille) mais du bien à la tête. La raison qui me pousse à mon pinceau est de pouvoir vivre la peinture comme un grand défouloir émotionnel.   
Le choix de la figurine importe peu. Le support est un prétexte. Le vin, l'ivresse, les canaris et les hamsters, tout ça, quoi. Ainsi, si un jour j’ai envie de peindre un abominable démon de la peste plutôt qu' un zouli elfe des bois fleuris de violettes, ce n’est pas parce que j’ai envie de vomir dans un bouquet mais plutôt de vivre cette  peinture comme un baromètre de mes envies. Un démon n'est pas plus joli. C’est subjectif. Le truc, c’est qu’à mon sens un démon offrira plus de libertés de peinture qu’un grognard du troisième empire. Je pourrais m’exprimer plus librement sur telle ou telle technique avec ce démon qu’avec ce grognard. Ou vice et versa, bien sur. Je pourrais faire une peinture plus agressive, utiliser des techniques plus expérimentales ou des couleurs différentes, mais en même temps apporter des attentions toutes particulières à certaines zones de la figurine. Faire une expression tangible et visuelle de mon imagination, et des émotions qui la dirigent. Ce n’est pas un sentiment figé, dans le sens où cette imagination fluctue au gré des ressentis du quotidien. Si on doit passer plusieurs jours/soirs/sessions/ à peindre une même figurine il est fort probable que les techniques utilisées précédemment soient différentes d'une session à l'autre. Tout est dans le feeling. L'énergie qui jaillit du bout des doigts est générée par des émotions. Pour peindre des figurines, il faut se mettre dans un état d'esprit qui verra cette figurine terminée mais qui doit aussi correspondre à ce que l'on veut accomplir. Il faut se donner.
Et certaines figurines se retrouveront mises de coté, leur peinture postposée, parce que l’intention première de leur réalisation ne correspond plus au « mood » du moment. Peut-être sont elles trop compliquées, trop détaillées, trop simples ? Qui sait ? On les retrouvera un jour, au fond d’une caisse (la même caisse que le guerrier du Chaos, sans doute) et peut-être seront-elles en phase avec le moment. 
Les figurines que je peins sont l'écho de mon humeur, sans logique ni schéma.

Comme un musicien accompli et cultivé pourra choisir de jouer tel ou tel morceau en fonction parfois de son public mais surtout de ses désirs, nous jouons avec des instruments de 3 centimètres de haut et des archets en poils de martre.

Et si l'un ou l'une d'entre vous connaît un bon psychanalyste, veuillez contacter mon secrétariat qui jouxte celui de Napoléon et de Jules César, couloir 5, cellule d'isolement 43. Visites autorisées sur rendez-vous les lundi et vendredi. Ne vous laissez pas rebuter par l' air fermé de mon assistante, sa blouse blanche et son grand filet à papillons, mais nous ne lui laissons pas beaucoup de répit...