jeudi 10 février 2011

Dis-moi ce que tu peins et je te dirai qui tu es

Lorsqu’on décide de peindre une ou des figurines, il convient de se demander pourquoi. Pourquoi entamons-nous cette séance qui nécessite un, une installation qu’un concert de Johnny c’est le la logistique de débutant et deux, un temps bête complètement improductif alors qu’on pourrait faire tant de choses plus intéressantes (vivre socialement, par exemple) ? Pourquoi avons-nous, et c’est un nous majestatif  puisque c’est mon blog, besoin de peindre ?  Pourquoi prendre le parti de se cloîtrer en ermite du pinceau jusqu’aux petites heures de la nuit, l’œil rougi par l’effort et les phalanges calleuses de brossage à sec ? Pourquoi aujourd’hui plus que demain ou hier ? Pourquoi cette figurine là et pas une autre ?

Sans surprises, pour plusieurs raisons.

La première, qui peut sembler la plus évidente pour les geeks que nous sommes, sera pour coller à un agenda évidemment pas fixé à l’avance, de construction d’armées de bonhommes. « Merde, je dois peindre ces 32 elfes pour avant-hier avant d’attaquer ces machines de guerre sinon mon armée de rêve sera incomplète ». Classique. Productif, mais classique. C’est typiquement ce que je pourrais appeler de la peinture « industrielle », qui consiste à privilégier l’efficacité et la quantité sans pour autant négliger la qualité. Ainsi, mon ami Pierrot, qui ne fume pas et n’a pas de briquet mais la voisine elle en a un car elle le bat (hahaha ), nous a réalisé une magnifique armée Blood Angels-qui-tue-sa-race en seulement 5 jours. Efficacité. Qualité. Respect.  D’autres prendront bien entendu plus de temps : on ne parle pas ici de notion temporelle, mais d’intention. L’intention est de faire joli. Et, si possible, dans les temps qu’on s’est soi-même imparti (ce qui est très relatif…). On se fixe des échéances, des challenges, des objectifs SMART, etc…

La deuxième, plus floue, introduit la notion d’émotion. On se pose donc toutes ces questions en préambule et on se dit simplement « parce que ça me fait du bien ». Pas aux yeux ni au dos, qui sont les premières victimes de notre passion (après le portefeuille) mais du bien à la tête. La raison qui me pousse à mon pinceau est de pouvoir vivre la peinture comme un grand défouloir émotionnel.   
Le choix de la figurine importe peu. Le support est un prétexte. Le vin, l'ivresse, les canaris et les hamsters, tout ça, quoi. Ainsi, si un jour j’ai envie de peindre un abominable démon de la peste plutôt qu' un zouli elfe des bois fleuris de violettes, ce n’est pas parce que j’ai envie de vomir dans un bouquet mais plutôt de vivre cette  peinture comme un baromètre de mes envies. Un démon n'est pas plus joli. C’est subjectif. Le truc, c’est qu’à mon sens un démon offrira plus de libertés de peinture qu’un grognard du troisième empire. Je pourrais m’exprimer plus librement sur telle ou telle technique avec ce démon qu’avec ce grognard. Ou vice et versa, bien sur. Je pourrais faire une peinture plus agressive, utiliser des techniques plus expérimentales ou des couleurs différentes, mais en même temps apporter des attentions toutes particulières à certaines zones de la figurine. Faire une expression tangible et visuelle de mon imagination, et des émotions qui la dirigent. Ce n’est pas un sentiment figé, dans le sens où cette imagination fluctue au gré des ressentis du quotidien. Si on doit passer plusieurs jours/soirs/sessions/ à peindre une même figurine il est fort probable que les techniques utilisées précédemment soient différentes d'une session à l'autre. Tout est dans le feeling. L'énergie qui jaillit du bout des doigts est générée par des émotions. Pour peindre des figurines, il faut se mettre dans un état d'esprit qui verra cette figurine terminée mais qui doit aussi correspondre à ce que l'on veut accomplir. Il faut se donner.
Et certaines figurines se retrouveront mises de coté, leur peinture postposée, parce que l’intention première de leur réalisation ne correspond plus au « mood » du moment. Peut-être sont elles trop compliquées, trop détaillées, trop simples ? Qui sait ? On les retrouvera un jour, au fond d’une caisse (la même caisse que le guerrier du Chaos, sans doute) et peut-être seront-elles en phase avec le moment. 
Les figurines que je peins sont l'écho de mon humeur, sans logique ni schéma.

Comme un musicien accompli et cultivé pourra choisir de jouer tel ou tel morceau en fonction parfois de son public mais surtout de ses désirs, nous jouons avec des instruments de 3 centimètres de haut et des archets en poils de martre.

Et si l'un ou l'une d'entre vous connaît un bon psychanalyste, veuillez contacter mon secrétariat qui jouxte celui de Napoléon et de Jules César, couloir 5, cellule d'isolement 43. Visites autorisées sur rendez-vous les lundi et vendredi. Ne vous laissez pas rebuter par l' air fermé de mon assistante, sa blouse blanche et son grand filet à papillons, mais nous ne lui laissons pas beaucoup de répit...

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