Je n'aime pas le jus de mauve.
Un jus, sur une figurine, c'est une technique qui consiste à apposer une couche de flotte teintée, type grenadine, pour affiner les éclaircissements et/ou produire une teinte sur une zone. C'est une technique difficile, longue et laborieuse mais qui produit des effets très léchés. En gros, c'est grâce aux jus qu'une figurine tendra vers une sorte de perfection de peinture, le sommet de la pratique, le top du top de la technique. Que je ne maîtrise pas, bien entendu. Il y a quelques années de cela dans les concours de peinture internationaux, on pouvait assister à une recrudescence de figurines peintes exclusivement à l'aide cette technique. On y voyait des orques, des space marines, des tanks, des cavaliers, des décors magnifiques. Tous peints uniquement à l'aide de cette technique. Et on voyait aussi toutes ces fabuleuses réalisations se voir récompensées, à raison, de multiples prix amenant leurs auteurs au pinacle de la gloire. Soit...
Peu après, on a vu tout le monde (et quand je dis tout le monde, c'est vraiment tout le monde-votre scribe compris) vouloir s'essayer au jus. Jus par ci, jus par là. Salut je peins mon noir avec un jus, j'ai fait un jus de métal, et un jus de mauve sur mes orques et patati et patata... Ok, pourquoi pas. Mais pourquoi cette technique redevenait à la mode? Parce que les peintres voulaient gravir des marches de podium. Utiliser des jus garantit l'accession au panthéon des grands peintres, aux cotés de Matt Parks, Jarhead, et des milliers d'autres. Mais apporte un autre élément au débat, et c'est le point que je voulais aborder ce soir.
L' arrogance des peintres.
Je n'aime pas l'arrogance en peinture.
Je n'aime pas la compétition en peinture.
Elle pousse à comparer, à se confronter à d'autres ermites. Elle mène à se dire qu'on est moins bon qu'un autre. Que ce que je fais est mieux que ce que fait un autre.
Elle va totalement à l'encontre de mes valeurs de peintre qui sont qu'on doit prendre un plaisir personnel à peindre une figurine, pas vouloir en remontrer à ceux qui la regarderont. Si je peins une figurine avec mes tripes (et on parle pas du démon de la peste de l'autre soir), c'est pour moi et moi seul. La réussite d'une figurine viendra de la satisfaction personnelle de son accomplissement, pas du regard que d'autres pourraient avoir. La peinture de figurines n'est pas, et ne doit pas devenir, une pratique visant à séduire un public. La démonstration de talents (et on débattra sur la notion de talent dans un autre post) propulse la peinture hors de son cadre. Bien sur, des félicitations seront toujours appréciées -principalement pour les débutants qui verront là une manière de persévérer et de s'améliorer- mais elles ne vaudront jamais la satisfaction que l'on peut ressentir après avoir terminé un bonhomme et se dire "C'est moi, et moi seul, qui l'ai fait". Le seul public qu'on doit séduire, c'est soi-même. La compétition en peinture rend les peintres arrogants et les écarte de la raison première qui pousse à prendre un pinceau en main: se faire du bien, à soi-même et tout seul.
En fait, la peinture de figurines, c'est un peu comme la masturbation. On se fait l'amour à soi-même. Ce serait mieux de faire ça à plusieurs, c'est vrai. Mais au moins on est sur de se faire du bien, comme il faut.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire